POURQUOI ? LE COMBAT DES ANGES

 

Arthur Tenor

 

pourquoi le combat des anges arthur tenor

Le garçon garda le silence. Un silence qui se prolongea. Il ne baissa pas les yeux et le psychiatre sentit que, s’il n’y prenait pas garde, il allait se faire happer par ce regard qui ne forçait nullement son acuité comme l’eût fait un hypnotiseur.

 

Fantastique

Adolescent    Tout public

 

   Plus personne n’y croyait. Et pourtant, il est sur le point de se produire… le premier acte de l’apocalypse.

   Un attentat terroriste plonge Paris dans la panique. Au cœur du cratère provoqué par l’explosion, un étrange survivant : un adolescent curieusement indemne, Asriel, surnommé par la presse le « Miraculé nu ». Asriel est aussitôt recueilli par la famille Mathurel. Valentin, le fils cadet, tente de percer le mystère entourant le nouveau venu. Un mystère qui devient de plus en plus opaque. Car les questions s’enchaînent à mesure que les révélations tombent : d’où vient ce garçon qui ne parle que le grec ancien et n’a aucune idée du monde dans lequel il se trouve ? Qui sont ces gens qui tentent de le kidnapper ? Et que veulent-ils ?

   Pris dans une bataille qui le dépasse, Valentin s’allie à Lisbeth, une jeune fille intrépide au caractère bien trempé. Ensemble, ils vont s’engager sur un chemin périlleux, sinuant entre rivalités et entraide. Ils vont affronter de terribles secrets que l’humanité n’est peut-être pas prête à découvrir…

Critique par Yann B.

 

    Il y a des livres que l’on découvre et sur lesquels on est plus ou moins partial. J’avoue, fan d’Arthur Ténor depuis Voyages extraordinaires, Le royaume des sept tours, il va de soit que recevoir un nouvel ouvrage de cet auteur, donne une idée favorable au point de devoir se faire violence pour ne pas le dévorer de suite... surtout quand on est déjà sur quatre lectures. Un grand merci à Histoires de Romans mais surtout à Scrineo de publier ce genre de perles et qui me les font découvrir au passage.

    Arthur Ténor a une plume assez agréable. Habitué à l’écriture pour la jeunesse, il a donc un style fluide, dynamique et simple, mais pas simpliste. Ce roman use de petits détails stylistiques, mais aussi narratifs afin de rendre un récit captivant et ingénieux. Et la première originalité vient d’un personnage, Asriel, autour duquel tourne cette histoire. Adolescent déphasé par la culture, le personnage parle en grec ancien et l’auteur nous sort de belles phrases dans la langue de Platon. On ne comprend pas la langue, et l'on n'arrive pas à la lire, nous aidant à comprendre la situation. Mais cet emploi de signes étrangers va avoir un second effet, sur un public plus restreint : celui de comprendre ce qu’il dit pour peu qu’on ait quelques notions de grec ancien. Ce dernier avantage ne touchera que peu de monde, mais l’histoire étant presque centrée sur cette culture, il paraissait logique que l’on emploi cette langue directement, sans passer par des artifices. D’ailleurs il eut été dommageable que les paroles de ce personnage soient compréhensibles, même par des paraphrases.

    Le fonds est loin d’être simpliste et comprends quelques mécaniques efficaces. Dès les premières pages, on nous pose une situation qui, dans le contexte d’aujourd’hui peut paraître familier, même si ce terme sonne impropre. Un attentat, vu par un kamikaze, en plein Paris. Nous suivons donc ses pensées, ses doutes. Mais voilà, il résulte de cet attentat un personnage que nous découvrirons au long du récit. Asriel est une énigme à lui seul. Son apparition enflamme notre imagination et nous supposons bien des choses sur ses origines. Au lieu de nous donner une explication simple d’entrée de jeu, Asriel distille ses informations, non sans un humour certain. En effet, il ne refuse pas de parler, juste que les questions arrivent au compte goutte et les réponses en fonction de la pertinence des questions. Et c’est d’ailleurs ainsi qu’avance le récit, avec comme guide un personnage qui semble omniscient… sauf de l’événement qu’il guette. Arthur Ténor ne centre pas le récit sur ce personnage principal, mais sur ceux qui l’entourent et principalement sur Valentin et son Père. Ce dernier, psychiatre nous apporte une vision presque médicale au "cas" Asriel, tandis que son fils nous offre celle d’un quotidien, fait d’école et de rencontre avec les personnages secondaires. Si bien que cette question se pose : personnage réellement secondaire ? Bien que le récit se centre sur Asriel, il n’est pas narrateur et le récit ne se centre pas sur lui. Ses actions sont vues systématiquement par les autres et personne ne sait ce qui peut se passer dans sa tête. Bref, un joli jeu de personnages. L’histoire emprunte aussi aux traditionnelles groupuscule qui gravitent autour d’un être original, un Miraculé. Certes, ce mécanisme narratif est facile, mais les interrogations que cela permet le sont moins. Entre machination des uns et explications trop facilement acquises des autres, nous doutons au même titre que ces ados qui sont pris dans la tourmente. Rapidement l’annonce d’un événement majeur nous tiens en haleine. Bien des thèmes actuels sont évoquées : crise économique, manifestation contre le gouvernement en place, mais il semble toujours qu’une chose plus importante soit prévue. Finalement, malgré le côté Anticipation et la nature fantastique du personnage d’Asriel, l’idée d’un roman de SF reste présente, attendant qu’un détail confirme cette hypothèse. Certains lieux sont décrits, mais Paris – lieu où se situe l'action – n’est quasiment pas évoquée. On parle bien de métro, d’arrondissement, mais pas plus de détails. Alors que la situation économique est mainte fois évoquée, de même que la situation politique, Paris ne bénéficie pas de description réelle. Le récit prend un aspect intemporel.

    Conclure sur un ouvrage comme celui-ci est toujours délicat. Alors que le sujet peut paraître simple, il est traité avec beaucoup de subtilité et de réalisme, surtout sur les réactions des protagonistes. Il va sans dire que ce livre a été dévoré et conforte l’opinion que j’avais de l’auteur. Arthur Tenor est un écrivain de talent dont les œuvres, pour beaucoup rangés en jeunesse, raviront un public bien plus large.

note

une belle découverte

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