LÀ OÙ NAISSENT LES NUAGES

 

Annelise Heurtier

 

livre

Viens avec moi. Un voyage humanitaire, c’est le genre d’expérience qui marque une vie entière.

 

Récit de vie     Voyage initiatique

Adolescent

 

   Amelia, 16 ans, vit dans le confort d’une famille aisée et aimante mais ne se sent pas à sa place. Boulotte et timide, l’adolescente se referme sur elle-même pour échapper à un quotidien qui lui paraît trop dur. Mais cet été, un voyage va tout changer. Partie malgré elle faire de l’humanitaire en Mongolie, la petite parisienne va découvrir comme une claque un monde extérieur au sien. C’est en s’occupant d’enfants qui n’ont pas eu sa chance qu’elle va trouver un sens à sa vie. Un très joli roman qui dépayse, et fait réfléchir.

Critique par Nathalie Pi

 

    Je remercie le collectif Histoires de Romans et les éditions Casterman pour m’avoir permis de découvrir ce très beau livre initiatique. Le titre du livre m’avait tout de suite donné envie d’en savoir plus.

    J’ai beaucoup aimé le style d’écriture de l’auteure qui est très oral : on est dans la tête d’une adolescente qui est mal dans sa vie et on le récent très bien. L’auteure utilise aussi parfois des « gros mots » comme pourrait en utiliser n’importe quel adolescent de 17 ans. J’ai remarqué que dans certaines phrases, l’auteure avait fait exprès de ne pas mettre de virgules entre certains mots. Cela donne un certain rythme au récit et nous permet de suivre le cheminement de la réflexion d’Amélia, l’héroïne. La dynamique est, elle aussi, bien mise en place. Les dialogues sont pertinents et nous montrent le malaise d’Amélia une fois arrivée à Oulan-Bator : c’est une Parisienne qui a de riches parents qui se retrouve du jour au lendemain à devoir aider des enfants dans la misère. Ils nous apprennent aussi la vie en Mongolie au travers de ses discussions avec les natifs ou encore les membres de l’ONG depuis des années, comme Franck. Le vocabulaire employé est en accord avec l’âge et la manière d’être des personnages. Les quelques phrases écrites en anglais, Simon étant un bénévole anglais qui oublie parfois de parler en français, nous sont directement traduites dans des notes de bas de page. Le point de vue narratif est interne au personnage d’Amélia, qui apprend peu à peu à s’adapter à sa nouvelle vie qui durera un mois. Le récit est écrit au passé et on en comprend les raisons à la fin du livre, mais ce choix est très pertinent dans le contexte. Enfin, les chapitres sont plutôt courts, ce qui donne un certain rythme au récit.

    J’ai trouvé que l’intrigue est très préparée et intéressante. En effet, Amélia est une jeune fille qui se retrouve, du jour au lendemain, à devoir aller en mission humanitaire en Mongolie pour pouvoir aider les enfants défavorisés et livrés à eux-mêmes. Au début, elle est évidemment récalcitrante à cette idée ne pense qu’à rentrer chez elle. Mais elle y prend peu à peu goût et va se lier d’affection pour Mukshuk, un petit garçon qui n’est pas comme les autres. Elle va vouloir venir en aide à tous ces enfants petit à petit. On peut donc voir qu’Amélia passe par tout un caléidoscope d’émotion et est le stéréotype même de l’adolescente mal dans sa peau qui cherche un but dans sa vie et ne réussit pas à trouver sa place, du moins avant cette expérience qui changera à jamais sa vie. En effet, elle fera là-bas une découverte qui la fera voir d’un jour nouveau sa famille. Chaque personnage a son caractère propre et on finit toujours par s’attacher à eux. On fait donc la rencontre de Franck, Simon, Bakar et Oyanza en même temps qu’Amélia et on apprend peu à peu à les apprécier leur juste valeur. L’univers du roman tourne autour de la ville d’Oulan-Bator ou encore les paysages des plaines mongoles. Mais, ce roman nous montre aussi la détresse qui règne dans les rues de Oulan-Bator avec tout un lot de personnages qui nous montrent ce qu’il se passe vraiment dans ce pays : des jeunes filles de 14 ans qui tombent enceintes, des gangs d’enfants qui se battent dans les rues pour pouvoir manger quelque chose, des enfants abandonnés par leurs parents qui ne peuvent pas s’en occuper, des enfants violés par leurs parents ou membres de leur famille…tous ces cas de figures ne sont qu’une poignée parmi la multitude d’enfants maltraités ou abandonnés par leur famille. Ce livre nous montre donc aussi un pays dans une perpétuelle violence et misère : un pays qui n’a pas réussi à se construire avec l’arrivée de la mondialisation. En effet, dans les rues d’Oulan-Bator, les buildings côtoient les yourtes et les bidonvilles, comme c’est le cas dans tout pays défavorisé.

    C’est un très beau livre initiatique et une belle quête de soi menés par Amélia, une jeune fille à laquelle n’importe quel lecteur pour s’identifier. C’est un texte criant de vérité qui nous montre un pays en proie à la misère et à la violence. On ressent toutes les émotions d’Amélia en même temps qu’elle et on savoure le magnifique paysage mongol tout au long de la lecture. C’est un livre que je conseille pour tous, vous risquez de sortir de cette lecture aussi bouleversé que je l’ai été.

note

cruel et réaliste

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